mardi 7 juin 2016

A LA RENCONTRE DE SU SHI, PAR CLAUDE ROY.

Je viens vous proposer un livre de Claude Roy :  poète et sinologue.
Il traite, sous un jour  très personnel, de la  "rencontre " qu'il fit, de la littérature d'un grand lettré chinois de l'époque Song :  
Su Shi. 

Le titre de ce livre, qui n'est pas un roman,  reste bien mystérieux, si l'on n'est pas mis au préalable au  courant. L'auteur  eut l'occasion de  parcourir  les lieux où le lettré avait  vécu.......  ainsi s’est produit pour lui un déclic qu'il a voulu nous faire partager.
La personnalité de Su Shi est attachante et mérite qu'on la découvre. Sa vie ne fut pas, loin s'en faut,  un havre de paix. Ses idées révèlent une grande noblesse de coeur.
Beaucoup de citations dans ce livre, et surtout la perception d’une oeuvre poétique traduite par un poète.... Elle ne vous laissera pas indifférents....
Bien que le printemps soit fini, en voici une  :

 Le Printemps

Après tout ce blanc vient le vert,

Le printemps vient après l’hiver.
Après le grand froid le soleil,

Après la neige vient le nid ,

Après le noir vient le réveil,
L’ histoire n’est jamais finie.

Après tout ce blanc vient le vert,

Le printemps vient après l’hiver,
Et après la pluie le beau temps.



Claude Roy, né à Paris le 29 août 1915 et mort dans cette même ville le 13 décembre 1997 est un poète, journaliste et écrivain français. Wikipédia

lundi 23 mai 2016

PICASSO : LE COMPRENDRE, UN BEL OUTIL.........

Existe-t-il un autre peintre qui, au cours de sa longue vie,  ait subit autant de critiques “aveugles” provenant d’un grand public totalement désemparé devant ses oeuvres..... et pourtant, cet homme opiniâtre, véritable force de la nature, véritable   “torro” de travail,  ne s’est jamais démonté ; il a construit une oeuvre colossale avec une énergie que ni la faim, en ses débuts, ni les détracteurs n’ont jamais  ébranlée !
Pour cet artiste génial, seule son oeuvre compte qui conditionne tout autour de lui.
 Parallèlement, il use ses femmes, je devrais dire “ses muses”,  comme il use ses pinceaux, la toile, les supports divers..... les matériaux qu’il amasse dans ses grandes demeures.
Plus inspiratrices que  compagnes, "Ses Dames",  en voient de toutes les couleurs. Le bonheur, la jalousie, la promiscuité des  concurrentes, elles les ont connues, mais elles ont certainement aussi vécu des moments extra-ordinaires........ 
Je me demande s’il était un bon amant ! 
Quelle qu’en soit la réponse,  comme la Joconde, elles  sont  devenues immortelles sur la toile, dans ses gravures, ses dessins, ses sculptures.....  et dans les medias de l’époque : films et revues !
Fascinant, oui, dérangeant  et  comment !  agressif dans sa peinture, oui..... mais pas toujours...... ! Bon père aussi, mais pour le reste, la vie avec lui devait être ,  un véritable  tourbillon !
Ceci dit, son oeuvre est là, qui a "bousculé" la figuration , telle que  l’art d'alors l'imposait et transformé radicalement  l’esthétique rassurante qu'avaient proposé le  XIXE siècle.  Pour lui, l’art n’a plus besoin d’être “beau” (enfin, ce qu’On pensait être “le beau” à cette époque) l’art parle, explose, tous les moyens sont bons pour l’exprimer, et l’artiste  s’en donne à coeur joie en bousculant tous les codes, mais pas en aveugle. Il est d’une lucidité déconcertante avec, toutefois, par périodes, des références aux autre artistes contemporains  et du passé. Il est capable aussi de douceur.
Picasso, génial dessinateur, ça aurait pu être ça ! mais, heureusement pour nous,  il en a décidé autrement.
Deux portraits réalisés par Picasso - cliché fait pendant l'émission.
A voir ou revoir sur Arte 

ou à acheter en cassette (c'est ce que j'ai fait !)
“Picasso l’inventaire d’une vie” - arte - Musées nationaux.
C’est l’histoire de la formidable  découverte des oeuvres que  Maurice Reims, commissaire-priseur dut estimer à la mort  de l’artiste, lequel n’avait laissé aucun testament. 

Pablo Ruiz Picasso, né à Malaga, Espagne, le 25 octobre 1881 et mort le 8 avril 1973 (à 91 ans) à Mougins, France

mardi 10 mai 2016

月下獨酌 - 李太白 BUVANT SOUS LA LUNE - LI BO

Par ce que j'ai trouvé ce poème antique de Li Bai (VIIIe s) d'une liberté inouïe, je l'ai calligraphié. 
Voici ce qu'il nous raconte  (traduction de Florence Hu Sterk - Poèmes de Li Bai chez You feng) :
"Si le Ciel n’aimait pas le vin,
Il n’y aurait pas d’étoile du vin au ciel.

Si la terre n’aimait pas le vin,
La “Source de vin” n’existerait pas.

Puisque Ciel et Terre aiment le vin,
Aimer le vin est conforme à la volonté du Ciel.

J’ai entendu dire que le vin clair est comme le Saint,
Et le vin trouble, comme le Sage,
Si on a déjà bu et le Saint et le Sage,
A quoi bon chercher l’immortalité ?

Trois coupes de vin, on communique avec le Grand Dao,
Tout un boisseau et on se fond dans la Nature.
se lit à l'horizonal.

Si vous saisissez le sens du vin,
Ne le transmettez pas aux personnes sobres."

La chute est particulièrement "goûteuse" ...... ! 
Je parle ici en bonne bourguignonne, appréciant ce breuvage, sans en abuser toutefois :
L'abus de l'alcool étant vivement déconseillé !
         Tout le monde sait que ce grand poète, comme beaucoup de ses confrères, aimait boire , car cela délie l'esprit des contraintes du quotidien...... rappelez vous  des "joutes poétiques" que célèbre Wang Xizhi et dont il ne nous reste hélas que : "l'introduction au Pavillon des orchidées". Les libations y avaient un rôle important !
Je rassure tout de suite mes visiteurs : je ne m'adonne pas à l'alcool lorsque je calligraphie : je bois du thé ! comme vous sans doute ?
          Un autre poème, portant le même titre semble plus connu des amateurs de poésie Tang. Le contenu est totalement différent : en voilà la traduction que donne Shi Bo dans son livre :
"Les plus beaux Poèmes lyriques de la dynastie des Tang "- Editions Quimétao. (sic)
月下獨酌  - 李太白
Entouré des fleurs devant ma coupe
Je bois dans la solitude
Je lève mon verre vers la lune
Trinquons à nous trois, la lune, mon ombre et moi 
La lune ne descend pas boire
Mon ombre ne sait que me suivre
La lune et mon ombre m’accompagnent pour l’instant
Profitons du printemps pour nous laisser aller à l’allégresse
Lorsque je chante la lune flâne
Quand je danse mon ombre zigzague
Amusons nous ensemble au moment de mon éveil
Avant que l’ivresse ne nous sépare
Promettons nous un amour éternel
Même si les nuages finissent par nous disperser

Lecture verticale de droite à gauche.

mardi 19 avril 2016

LA CULTURE CHINOISE, ÇA SE MÉRITE : THE ASSASSINE DE HOU HSIAO HSIEN

Amateurs de films d’arts martiaux, s’abstenir..... même si l'on assiste a deux trois combats (admirablement filmés, mais fort brefs) le sujet n’est pas là où on pourrait l’attendre.
En première lecture, il s'agit pour l'héroine, Yinniang, fraichement sortie de sa formation aux arts martiaux, de tuer son rebel cousin, (à qui elle aurait du être mariée) , lequel est en révolte contre le pouvoir de l'empereur Tang. Si elle y réussit,   elle sera digne d'entrer dans la secte des assasins.
En réalité, et en deuxième lecture, il s'agit, pour moi, de bien autre chose....... 
Au royaume de Weibo : l'héroine Yinniang (Shu Qi)- doc pris sur le net.
Primé au Festival de Cannes, ce  film Taiwanais de Hou Hsiao Hsien  est
inspiré d'un "chuanqi " 传奇 de l'époque Tang, (l'oiseau bleu et le miroir*). C'est important a savoir.
 Il a été tourné dans des paysages naturels, d'une beauté à couper le souffle : en Mongolie intérieure et dans le Hubai.
J'ai fait de nombreuses recherches pour savoir ce qu'était un Chuanqi et l'histoire de l'oiseau bleu et du miroir si connue en Chine. Cela m'a conduite sur un site intéressant. dont je vous indique la page :

et je vous engage, si vous le voulez bien,  à le lire aussi.

Ce site autorise la citation. Il nous parle de "l'image dans le miroir". Je vous cite un petit fragment de cette page ou il développe ce thème et où il nous raconte le mythe de Narcisse....... oui, vous avez bien lu......
Après l'avoir parcouru, vous me direz s'il n'y a pas une certaine analogie avec ce "chuanqi" de L'oiseau bleu...... Je gage que vous allez la trouver !
L'extrait : ...."Narcisse, dont le nom provient du grec ancien signifiant « narkê » ou « sommeil », faisait l’objet d’un culte vers la fin de l’âge de bronze. Il existe même, en Grèce, un tombeau de Narcisse de l’Érétrie. Ce Narcisse est aussi appelé le Silencieux, ce que l’on pourrait qualifier être notre âme qui observe en silence, mais qui est séparée du corps par le voile que représente le miroir.…… "
Pour ma part, ce n’est pas tant l’histoire qui m'intéresse mais la façon dont le cinéaste l'a construite. Il me semble qu'il veut nous emmener au delà du visible,  nous faire toucher à la subtilité psychologique du personnage principal  tout en nous proposant une séance de pure poésie. D'ailleurs n'est ce pas une femme "oiseau", que l'on voit apparaitre soudain, ici et là et qui observe en silence ce qui se passe.

Durant toute la projection de cette oeuvre, j'ai ressenti une respiration aisée.......Pour avoir beaucoup parcouru les bois et la nature,  à toutes heures, je peux vous affirmer que la bande son - dans les moments où l'oeil entre dans les  paysages - la bande sons dis-je  m’a donné une vraie impression de déjà ressenti. Je me suis retrouvée soudain  immergée en pleine nature :  silence habité, air vif, cerf qui brame, oiseaux...... feuilles qui bruissent dans le vent, eau qui coule....et pas qui foulent les feuilles...... je sentais presque les odeurs et la fraicheur de l'humus.
 Un autre aspect m’a touchée profondément : ce ne sont pas tant les magnifiques costumes, ni les superbes coiffures, dont on est content de les voir portés, ni tout ce protocole de cour qui donne une idée du faste de l'époque, mais, et surtout, c'est "l’intériorité" des personnages traduite par les plans fixes,  et  les  non dits.....  Le rythme surprenant de ce film en est le souffle, d'ailleurs, le vent est souvent présent, dans bien des séquences.
la princesse Jiacheng
raconte l'histoire de l'oiseau bleu tout en jouant de la cithare.
Le temps s'y déroule dans une autre dimension toute empreinte de la subtilité des sentiments qu’éprouvent les protagonistes, et surtout, de l'interrogation du personnage principal, Yinniang,  toute à la recherche de son calme intérieur dans le monde du réel qui l'écartèle.

Pour avoir durant ces dix dernières années, lu, médité et surtout calligraphié (bien humblement et avec mes amies) plus d'une soixantaine de poésies chinoises - goutte d'eau dans un océan -  parmi lesquelles un grand nombre datent de l’époque Tang, et de l’époque Song,   je conçois aisément que la compréhension  de la dimension poétique et philosophique de ce film (qui nécessitent une solide immersion dans cette culture) puisse échapper au "grand public" français non averti. Moi même,  je ne fais que “survoler”   le sujet.

Hélas : ....Pas plus de 4 ou 5 personnes dans la salle.......



mercredi 13 avril 2016

DESCENDANT LE MONT ZHONG NAN - POEME DE LI BAI

Calligraphie  et traduction de Ma Di Na. 
Descendant le mont Zhong Nan je  passe la nuit chez  l’ermite Hou Si qui a préparé de l’alcool.
Le crépuscule descend sur la montagne d'émeraude , la lune nous accompagne
Je me retourne pour regarder le petit sentier gris pâle sous le flanc vert bleu de la montagne.
Nous tenant la main, nous atteignons une chaumière où un enfant nous ouvre le portail envahi par les gattiliers*
Le sentier solitaire pénètre à travers les verts bambous et l’armoise qui caressent nos vêtement tandis que nous marchons
Joyeux nous partageons  un délicieux alcool en devisant, contents d’arriver dans  un endroit où nous reposer 
et déclamons la longue chanson du “vent dans les pins”, tandis que s’épuise  la voie lactée aux étoiles clairsemées. 
Je m'enivre seigneur, répondant à la musique , heureux et insouciant, en paix avec le monde.

Li Bai.
* poivre des moines.

vendredi 1 avril 2016

A OLERON, JAI MIS EN IMAGES QUELQUES OISEAUX DE MER ET D'AILLEURS

Cliquer sur les clichés pour le agrandir.
 Je vous ai un peu abandonnés : c'était pour respirer l'air du large ....... J'ai rapporté bien sur des photos ! Sur celle-ci,  nous sommes dans la citadelle du Château d'Oléron. Sur le mur d'enceinte,  les mouettes rieuses déjeunent de quelques miettes .
Là, près des claires, les parcs à huitres et le grand large : sur le toit de tuiles romaines de cette vieille baraque à huitres, les goélands se prêtent à de grands discours. C'est fou ce que c'est bavard, un goéland !
Les oies cravant qui finissent leur hivernage, s'envolent face à l'ile d'Aix que l'on devine à l'horizon. Dans quelques heures, à marée basse, elles trouveront à se repaitre sur la vase qui précède les parcs à huitres. J'ai vu aussi des cigognes sur chacun des pylones qui bordent la route de Rochefort, dans les marais, mais c'était impossible de les photographier.......
A l'horizon, le fort Boyard et, plus près, les oies cravant.

 A Oléron, les oiseaux sauvages vivent leur vie, vivent heureux........

Sur cette photo, je me suis offert le luxe de supprimer un énorme pilône électrique, mais j'ai gardé la hampe du drapeau !..... respect.
Tandis que les tournepierres  à collier fouillent le gazon,  
les sarcelles d'hiver, cohabitent avec les poules d'eau, derrière la dune  ou passent  en formation.........


Jolies mouettes, j'espère vous revoir encore !

Merci à Yvette qui m'a donné le nom des tournepierres que je ne connaissais pas et l'adresse de ce site de photos d'oiseaux :

dimanche 13 mars 2016

SI GENGIS KHAN M'ÉTAIT CONTÉ.......

                  Grosse déception à la lecture du dernier roman de José Frèsches. (photos)
J’ai tout de même déjà lu sept de ses romans, dont certains font deux ou trois volumes, et,
ma curiosité  aidant, je souhaitais lire  son “Gengis Khan”, le conquérant  dont tout le monde connait le nom, mais bien peu la vie. Ce personnage historique m’interrogeait et je voulais en savoir plus.
              Si on  sent souvent  souffler l’air de la steppe, dans cet ouvrage bien documenté, l’auteur, de mon point de vue, n’est pas allé au bout de son travail et a tablé sur un érotisme de bazar. Comme c'est dommage !
        L’histoire de Gengis Khan méritait mieux. car J. F.  a du  style, de la culture et du talent.....et puis, le lecteur mérite le respect ! Pourquoi avoir édité un roman manifestement  inachevé ? 
        Il y a une véritable lacune au niveau de la relecture et des corrections . Tel que je l'ai lu, il restait à supprimer les redites et surtout à corriger plusieurs chapitres pour éviter le charabia de certains paragraphes (particulièrement dans le second tome) .  
                Temujin doit se retourner dans sa tombe (toujours inviolée à ce jour)

             Les  scènes  “érotiques”  sont répétitives et des plus conventionnelles : elles  ne rattrapent rien.  Si  l'on veut rencontrer la poésie érotique de la littérature chinoise -à commencer par le "金瓶梅"  jīn píng méi - il existe divers bouquins beaucoup  plus savoureux et divertissants, voir "éducatifs.....!"  à parcourir.
Je songe à:
"Le sublime discours de la fille candide" traduit par André Levy, aux éditions Piquier 
et à : "Le Tao de l'Art d'aimer" de Jolan Chang chez Pocket Evolution.


                 S’il y a réédition un jour,  ce roman mériterait, au préalable,  une remise en forme car je pense que cet ouvrage a dû demander un travail de références conséquent !

            Depuis je lis le roman de Inoue Yasushi  : le loup bleu (le roman de Gengis-Khan) chez Piquier Poche.

A gauche Gengis Khan - à droite, Kubilai son petit fils, en tenues d'empereurs Yuan.
              Quant à l’empereur Mongol, je suis encore à me demander pourquoi il a conduit cette épopée de la terreur.

                   Combats, pillages, massacres, se succèdent pendant des décennies, d'un bout à l'autre de l'Asie, mais où est le bénéfice de cette course sanglante à l’hégémonie........  des populations massacrées, des villes magnifiques et prospères rasées ou pillées, comme Xi'an (Chang'An) pour n'en citer qu'une  ! Avec Gengis Khan, la dynastie des Yuan a vu le jour,  et pour nous, européens, "le livre des merveilles" de Marco Polo a trouvé ses racines ! Cet homme  ne fut-il pas reçu par Kubilai Khan, fils de Tolui, quatrième fils de Gengis Khan et de Borte...... Ses écrits sont parvenus jusqu'à Venise.......