mercredi 12 avril 2017

LE BERNIN : VOUS CONNAISSEZ....... MAIS SUREMENT PAS SOUS CE JOUR........

Je recevais ce matin cette carte provenant de la villa Borgheze à  Rome..... charmante attention de ma petite fille en voyage là bas...... bonheur bien sûre.
Groupe : Apollon et Daphné. le Bernin.
Ne connaissant pas cette oeuvre (pourtant extraordinaire) j'ai cherché à en savoir plus...... et je ne l'ai pas regretté.....  :  je suis tombée, tout à fait par hasard 
sur une perle : 
un exposé d'histoire de l'art du Lycée Simone Weil - Vilbonne - section arts plastiques - par Christophe Cirendini ? -  à  la fois désopilant et très documenté . Comme j'aurais aimé avoir un tel  élève....... 
Chers lecteurs, si vous voulez vous cultiver tout en vous amusant, je vous invite à le découvrir  dans son "jus", sur le blog du lycée, et à  laisser un petit mot à son auteur : 


 Vous allez beaucoup vous amuser.........
Detail de la statue. Les mains de Daphné se transforment en feuilles de laurier.......
J'ajouterai que, prouesse technique, cette oeuvre fut commandée au 17e siècle par Simone Caggarelli Borghèse, (futur pape). Elle  fait partie d’un groupe de quatre sculptures. Taillée dans le marbre le plus fin, elle mesure 2,43 m de hauteur !  Sa composition (hélicoïdale) est particulièrement complexe en même temps que son traitement de surface d’un extrême raffinement. 
Note : Le mythe d'Apollon et Daphné provient des métamorphoses d’Ovide.

Sur le cartouche de la base de la statue, on peut lire : 
« Celui qui aime à poursuivre les formes fugaces du plaisir ne trouve que feuilles et fruits amers sous sa main. » 

Esquisse par le  Bernin de la statue équestre du Roi Soleil.
Devant une telle virtuosité, qui place le sculpteur comme “le plus grand de tous les temps” (sic), on ne sera pas étonné que, sous la proposition de l’artiste,  Louis XIV lui  ait passé commande   en 1665, pour sa statue équestre, mais là, c’est une autre histoire à découvrir......
Et merci à cet élève qui ira loin.........



mercredi 5 avril 2017

TEMPLE DES MILLE BOUDDHAS A LA BOULAYE - EN SAONE ET LOIRE.


Tripitaka es tu là ?

Mon Charolais natal abrite ce sanctuaire bouddhiste depuis 1974.





Je suis allée récemment sur les lieux avec l'un de mes proches.
Bien que je n'y ai "pas vu un chat", 
Un gros minou nous attendait qui nous accompagna sur la terrasse......


son regard très intrusif m'a interrogée !
 Le lieu saint "hivernait" encore : il  ne devrait pas tarder à se réveiller pour accueillir ses adeptes.

Le ciel frôlait les arbres au dessus de la fontaine...... donnant au paysage  "un petit air de Tibet.".....
"Décalage" calligraphique  du ciel, pas "orthodoxe", mais plus expressif !
Long - dragon



il déployait diverses nuances de fin de journée qui rendaient plus vives encore les couleurs des dragons et des piliers.......









tout juste si l’on n'a pas vu  "passer les oies sauvages au dessus du pavillon du sud"...... car les oiseaux ont réinvesti les lieux........

Calligraphies et  photos de Ma di na/MSG.

 La fontaine bientôt sera remise en eau. Il est trop tôt encore, bien que mars soit doux !





Le temps pour mon frère de se prosterner et le regret de ne pas pouvoir rester plus longtemps, car les portes fermaient avec le coucher du soleil....

Envie de revenir ?
Pour moi, l'esprit Taoiste me convient mieux, mais respect pour ce lieu qui respire le calme et la sérénité.

Note : mes calligraphies sont directement inspirées des modèles que je travaille avec Maitre Shi Bo. Ce sont des extraits de vers de l'époque Tang.

jeudi 30 mars 2017

EXPO D'ART FUNERAIRE CHINOIS À GRAY

Dans la bonne ville de Gray, sous un chaud soleil, tout est calme et sérénité.
Le musée Baron Martin, tapi derrière sa tour médiévale,  attend les visiteurs amateurs d'oeuvres funéraires des époques Han et Tang.
Des chevaux Tang..........
.... aux chameaux de Bactriane, sur la route de la soie.......
L'expo mérite le déplacement.

Voici quelques uns de mes coups de coeur.......
Dame Tang

vous en trouverez d'autres en cliquant sur l'affiche du musée (à droite, dans la marge)......

Joueur de flute
L'exposition étant complètement muette quand à l'emplacement des tombes et aux références du collectionneur,  je ne puis vous mettre aucun commentaire. Des panneaux cependant, dans un but tout à fait didactique, indiquent le rôle de ces poteries, et de ces bronzes. Mais aucune précision sur les oeuvres elles même, si ce n'est ce qu'elles représentent.
Tour de gué
Je n'en dirai donc pas plus long...... A découvrir sur place.

J'ai apprécié également le mobilier (fauteuils et consoles de présentation) qui semblent dater du 19ème siècle, et particulièrement une broderie sur soie ........

Pare cheminée en broderie de soie - 19es
Photo MSG, non libres de droits.

vendredi 17 mars 2017

EVEIL PRINTANIER CHEZ MENG HAORAN 孟浩然

Photos MSG - non libres de droit - cliquer dessus pour  les agrandir

 春曉 - 孟浩然
 春眠不覺曉
 處處聞啼鳥
 夜來風雨聲
 花落知多少
 En attendant d'être en mesure de vous offrir une calligraphie de ce beau poème Tang, je me suis mise à sa traduction . Vous allez me dire que ce ne sont pas les traducteurs qui manquent ! beaucoup de personnes, et pas des moindres, on offert leur version....... Shi Bo - François Cheng - Xu Yuanshong - Bertrand Goujard - Marcel Fournet, et j'en passe........

Mais moi, je suis un peu têtue et j'aime chercher et prendre des risques...... et depuis le temps que je calligraphie ces beaux poèmes, je trouve  plus gratifiant  de manier cette langue "culturelle" que  le langage quotidien. Combien vaut cette tasse ? et cet éventail ci ? Où se trouve madame Yang demain après midi vers 17 heures ?....le chat est il enfermé dans le bureau ? ! FA_TI_GANT !

N'en déplaise à mes anciennes copines de cours, si elles passent encore par là, je leur dit que je les admire pour leur persévérance . Quant à moi, je préfère m'adonner à la culture,  n'en déplaise à Mr MAO. Voici donc le  résultat :

 Eveil Printanier - Meng Hao Ran

Dans la torpeur printanière, ne pas percevoir l’aube.
De toute part entendre chanter les oiseaux.......
Durant la nuit, aux bruits du vent et de la pluie,
Qui sait combien de fleurs seront tombées !
Traduction : Madina




Tous les enfants chinois apprennent cette oeuvre dès le plus jeune âge, un peu comme chez nous, nous étudions nos fables de La Fontaine.
Alors, avec eux, fêtons le printemps qui arrive  !

jeudi 9 mars 2017

C'EST L'HISTOIRE D'UN PETIT VASE CLOISONNÉ........


Chers visiteurs, ce petit vase m'attendait, je n'en doute pas : ce petit vase en cloisonné je l'ai  trouvé au Troc de L’ile, à Fontaine lès Dijon. Il réveille en moi de jolis souvenirs.

Je l’ai acheté à un prix dérisoire (6,90€). et  j’en ai presque honte quand je songe au travail 100% manuel qu’il a nécessité, depuis le martelage du contenant  de cuivre,  jusqu’à la finition de son décor .  

Admirables sont  la  patience et le soin apportés par les personnes qui pratiquent cet art. 
Après le martelage du contenant qui est en cuivre,  le collage des bandes de cuivre (cloisons) est la seconde étape. Ces éléments, innombrables, sont  découpés un à un,  avec une grande précision. Destinés, tout en isolant  les émaux, à souligner d’un fin tracé, - véritable  filigrane visuel - le contour des décors, ils sont incontournables. 
Cliquer sur les photos pour les agrandir

Evidemment, cette étape  demande une grande précision. Leur positionnement sur un dessin préalable permet de vérifier l’exactitude de la découpe avant de le poser sur l’objet avec un colle puissante. 


Puis c’est  l’émaillage avec des pipettes - autrefois des plumes -  que les émailleurs remplissent dans différents bols contenant les émaux d’oxydes métalliques  de couleurs variées.
Photos faites dans un atelier que j’ai visité entre Pékin et Badaling.

La cuisson se fait en plusieurs temps, car les émaux,  ne se cuisent pas tous à la même température,  de plus, ils doivent emplir totalement les alvéoles. C’est donc un travail très délicat.
 Pendant ces cuissons successives, 6 à 7 fois, dans le meilleur des cas, si l’on veut obtenir une pièce de grande qualité,  une sorte de chape percée de petits trous dirigés vers l’extérieur,  protège la pièce lors de chaque cuisson, afin qu’aucune cendre ne vienne coller à l’émail. 


Je ne pense pas que cela ait été pratiqué sur cet objet où l’on décèle quelques rares et minuscules scories, mais cela ne me dérange pas. 

Pour finir,  une fois refroidi, on polit le tout,  de façon à ce que la surface soit complètement lisse.
La finition se fait dans un bain d’or où passe un courant électrique afin de donner au métal  un brillant qui perdure ainsi qu’un bel aspect en harmonie avec les émaux. 
Vous pouvez découvrir des images des étapes de fabrication de cloisonné chinois sur le site de Chine-nouvelle. ainsi que les explications détaillées de la fabrication.

Court historique : La technique du cloisonné remonte à la plus haute antiquité.  Du pectoral égyptien de Ramsès II (Nouvel Empire) à l’aigle wisigoth (VIe s) en passant par les objets de culte romans sans oublier les pays orientaux, il semblerait qu’il soit apparu en Chine a l'époque Tang, venant d'Arabie.

mercredi 1 mars 2017

HUIZONG - ZHAO JI ET LE MYSTÈRE DE SON ECRITURE........



Ces magnifiques caractères signifient "perroquet". 
Ils figurent sur une peinture célèbre de Huizong.
yīng wǔ
Calligraphiés par 赵吉  Zhao Ji  (l’Empereur Huizong 徽宗皇帝 1082-1135), ils sont d’une virtuosité hallucinante.
J’ai lu quelque part des commentaires qui cherchaient à sous estimer le style de ce grand calligraphe,  le taxant de “maniérisme” pour l’un et “d’un manque de puissance expressive” pour un autre. En calligraphie, les styles de chaque Maitre diffèrent considérablement, c’est ce qui fait leur intérêt   et sans doute  celui-ci ne “plaisait-il” pas à ces détracteurs.
C'est vrai qu'il y a d'énormes différences de style entre les calligraphes, voir  ci-dessous, Wang Xizhi, le "Leonard" Chinois.
Wang Xizhi
document extrait de "Encres de Chine" de Shi Bo
On connait mieux le Kaishu (de “style  shoujin”) de ce Maitre que son style cursif car il  est utilisé dans les colophons* de toutes ses peintures.

Pourtant, si je regarde ces autres documents de Huizong, qui représentent  des extraits de son “étude des 1000 caractères*, en cursive, je n’ai pas l’impression du tout que cette calligraphie manque d'énergie, ni de puissance ! C’est plutôt, de mon humble avis, tout  le contraire...
extrait des 1000 caractères de Zhang Ji
                                                   

.... et je me demande : ces personnes ont elles déjà tenu un pinceau de calligraphie ?

L’éducation prodiguée aux scolaires de France, est trop basée sur la censure qu’apportent les notes.  Celles ci, et les critiques qui les accompagnent,  deviennent de véritables couperets vis a vis, par exemple, des oeuvres artistiques. 

Pour moi, je ne me permettrais pas de telles critiques  car tous ces Maitres sont fascinants. Ce que j’aime avant tout, en de ça du sens, ce sont ces vibrations, cette “vie” intense  que provoquent, sur le support, ces caractères tracés avec fermeté et maitrise.

Et puis, devant ces documents là, je me demande aussi quelle encre précieuse,  et quel pinceau 赵吉  Zhao Ji a pu utiliser . Pour le support il s'agit manifestement de soie. Pour le pinceau, s'agit-il de  poils de loutre, de martre, de  cheveux de nourrisson? de crêtes de coq? de cheval ? ou tout simplement de soies de porc entourées d’un merveilleux poil de chèvre à la fois hyper souple et cependant suffisamment nerveux pour réussir un trait si net, si incisif, si régulier ? 

Il est certain que le pinceau  devait être d’une qualité exceptionnelle.....
“Noblesse oblige” !
Perroquet :  peinture sur soie de Huizong et son colophon*.

*documents photographiés  dans le manuel “l’art de la calligraphie à travers les ages” édition China intercontinental press. 2009
et sur le site ARTWORK
* colophon note finale d'un manuscrit ou d'un incunable.

samedi 18 février 2017

少年游 : UN POEME SONG DE ZHOU BANGYAN QUI CELEBRE LI SHI SHI


C’est l’histoire d’un poème, un poème ci
Comme j’aimerais connaitre la musique sur laquelle il fut chanté. Sa lecture, à l’évidence, m’en évoque la mélodie.......
exercice personnel du dit poème.......

C’est une scène intime qui se déroule à l’époque des Song du Nord, entre Li SHI SHI, grande courtisane appréciée de l’Empereur Huisong, et un “invité”........ dont on ignore l’identité. Cet inconnu donne à ces vers une dimension universelle ....... 
Mille excuses pour le pinning, mais vous le trouverez facilement sur Chine nouvelle ou j'ai rassemblé ces caractères.

Je ne peux m’empêcher de penser que,  tel qu’il a été conçu, ce poème traversera les civilisations sans prendre une seule ride !
Sa structure, tellement proche de nos séquences audiovisuelles, nous fait découvrir un monde intimiste et raffiné.
Voici mon humble traduction :
Sur l’air du voyage d’un jeune adolescent -

少年游
shao4  Nian2  You2

 poésie de Zhou Bangyan - époque Song.

Lame de Bing claire comme l’eau
Sel de Wu à la pureté neigeuse
Des mains délicates partagent l’orange
Les tentures s'attiédissent
Tandis que le brûle parfum répand son odeur
Assis face à face jouons du sheng (orgue à bouche)
A voix basse, elle demande : "où allez vous passer la nuit ?
Aux murailles de la citadelle c’est déjà la 3ème veille !
Le cheval peut glisser sur le pavé givré.
Rester vaut mieux que partir !
Sincèrement, les passants sont rares....."


Le rythme des caractères, en même temps qu’il structure la scène, apporte la note musicale, d’une séquence qui pourrait être filmée. Voici comment je l'imagine. (voir doc ci dessous)

A- les 2 premiers vers de 4 caractères chacun campent le décor : d'un plan d'ensemble de la scène, on aboutit par unTravelling avant  sur la table où se prépare la "collation", et, où, on le verra plus loin, le brule parfum dispense ses effluves.
B- le troisième vers (de  5 caractères) :  par un  léger balayage de champ   découvre la courtisane en plan moyen  : on voit   Li Shi Shi  dont la “main de soie”   découpe l’orange * - Ce plan met en valeur la grâce de la courtisane.
C dans les trois vers suivants :  un court travelling arrière amène à un  Plan d'ensemble qui dévoile  plus largement le décor dans lequel  le duo " joue de l’orgue à bouche", dans la position assise.
D  Gros plan sur le visage de Li ShiShi  chuchottant à l'oreille de son partenaire, puis travelling arrière  sur   les deux personnages  :  la courtisane invite son invité à rester,  au travers d’ un monologue des plus consommé.(7 caractères, puis 5, 4, 4  et enfin 5)
... et là je vous laisser imaginer le plan final !

cliquer sur l'image pour l'agrandir.
Musique du coeur, musique intime, musique de l’intimité....... 
Pour approcher la dimension poétique de cette, oeuvre, je pense qu’il  convient de se remémorer la contexte historique : c’est  le règne de l’empereur Huisong, empereur “artiste” - célèbre pour sa calligraphie précieuse de “style fin doré”, peintre, érudit, mais aussi si peu fait pour le gouvernement, puisqu’il conduira son empire à sa perte.
 Son règne est un creuset artistique. En 1105, il  charge l’auteur, Zhou Bangyan, de  retrouver des airs anciens tombés dans l’oubli, de les recenser, et parallèlement, de créer de nouvelles mélodies. On pense que c’est  Li Shi Shi, grande courtisane de l’époque, qui serait à l’origine de cette nomination. car elle était proche de Huisong. Il était donc parfaitement courtois que le poète renvoie “la politesse” en lui dédiant ce poème.

Notes :
J’ai lu  quelque part que le Sheng (orgue à bouche) cité dans le poème, évoquait pour les musiciens antiques chinois le phénix en position de repos, et les sons qu’il émet, le chant de cet oiseau........
 Enfin, si je reviens aux deux premiers vers qui ont du vous surprendre et où il est question de couteau, et de  sel...... j’ai lu  aussi quelque part que les Song du Nord mangeaient  les oranges salées et j’ai même trouvé quelques recettes de salades d’orange salées.......