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vendredi 25 septembre 2020

MARION HEILMANN À L’ABBAYE D’AUBERIVE ET QUELQUES AUTRES : DE BELLES DECOUVERTES !

 


C’est l’histoire d’une visite imprévue !….mais oh combien riche !

La rencontre d’artistes   dans  un lieu que je ne connaissais pas , dans  l’abbaye d’Auberive…… en Haute Marne du coté de Grancey le château.


Le lieux est remarquable qui a subit de grandes transformations au fil des siècles……. Fondé par les Cisterciens (St bernard y a séjourné), la première abbaye a été construite  au 12 ème siècle dans l’un de ces lieux que les cisterciens savaient si  bien choisir, sur les bords de la rivière Aisne  qui prend sa source pas loin de là. Son évolution architecturale est totale puisque qu’il ne reste plus que le coeur de l’abbaye romane, et que tout l’ensemble des bâtiments a été reconstruit au 13e, puis au 18e siècle.

Cet endroit fut acheté ensuite par un neveu de Diderot, puis au 19ème siècle il  devint prison de femmes.. Aujourd’hui, appartenant à des particuliers,  il abrite des expositions d’art contemporain. 


Dans le parc, quelques très beaux arbres que je qualifierai volontiers de “remarquables”, la jeune rivière, un verger donnant ses pommes de couleur, et des sculptures…. Des sculptures qui vous intriguent ! 

Dans la cour d'honneur : l'attente 



L'attente.......

Des sculptures qui évoquent un passé douloureux, celui de la prison de femmes pendant la Commune. Elle accueillera la communarde Louise Michel …….


Les prisonnières 

L’exposition intérieur,  “Pêle même Ceux qu’on aime”  m’a fort intéressée ! 

Je citerai volontiers Nicole Bayle et son tricot sans fin, et quelques autres, mais surtout, surtout Marion Heilmann aujourd’hui disparue ! 

Quelle leçon  magistrale ! Pour une graphiste, j’ ai été séduite  d’emblée , subjuguée…….Car il y a là, la quantité, mais aussi et surtout le souffle au travers d’une technique d’une perfection hallucinante  ! Une oeuvre époustouflante issue d’un imaginaire soigneusement “musclé” au fil des années…..

Marion Heilmann devant l'une de ses oeuvres 


En effet, l’artiste explique   dans une video qu’elle s’imposait chaque jour des séances de créativité pour “entrainer” son cerveau, , comme on fait un sport…… si bien que l’ensemble est devenu une sorte d’écriture automatique mais savamment composée et d’une grande richesse !   


Cliquer sur les photos pour les agrandir

De plus, c’est une excellente coloriste….. Il y a de l’enluminure dans son travaille ! C’est joyeux, rythmé, inventif, raffiné !


Quel  délire ! 

Evidement, certains épisodes de sa vie ont été des “lieux” d’inspiration……. A commencer par son premier métier de vendeuse de poisson !…..

Dans son oeuvre variée, car elle a aussi touché au théâtre et aux marionnettes, chacun peut     trouver son bonheur !

Pour ma part, pour avoir pratiqué le graphisme  tout au long de ma vie, je dois dire que je suis restée pantoise, voire abasourdie ! 

L"oeuvre ci dessous,  achetée par la médiathèque de Dole, m'a rappelé un film que j'avais beaucoup aimé et dont je vous avais entretenus : "le portrait", film inspiré du tableau du Jésuite Attiret, lequel    a eu l'honneur de peindre l'impératrice à 'époque des Qin. Le role était tenu par Melvil Poupaud qui accomplit une prouesse en apprenant en un temps record son rôle en chinois !

 Marion Heilmann  excelle donc aussi dans le noir et blanc......

Detail  présentant le "portrait" d'Attiret.




Mes clichés hélas ne donneront qu’un pâle reflet de son travail et je vous conseille vivement de la chercher sur la net pour enrichir votre vision de son oeuvre ! Dommage que l’expo se termine dimanche soir !

Clichés MSG : réalisés à l'Abbaye de Auberive à Auberive en Haute marne.


vendredi 19 janvier 2018

LE PORTRAIT INTERDIT DE JEAN DENIS ATTIRET

Ce film est un “joyau”, et je pèse mes mots........ on y assiste à  la rencontre entre  deux cultures. Y est évoquée  de façon subtile  la distance des codes esthétiques de chacune d’entre elles, qui sont, bien sûre,  aux antipodes lune de l’autre dans leur expression. C’est là le véritable “fond” du film,  le centre du scénario.
Le titre du tableau m’interroge.... “la concubine”..... je vois plutôt sur ce portrait une impératrice dans son costume de cérémonie : et c’est le cas.


L’oeuvre est de François Denis Attiret, originiare de Dole, Jésuite, parti à la cour de l’empereur chinois, dans le sillage du grand peintre  Cagliostro. 
 L’histoire racontée est en partie imaginaire car le tableau et l'héroïne existent (voir ci dessus). L'oeuvre   est exposée  sur les  cimaises du Musée de Dole. Charles de Meaux cinéaste et plasticien, l’a "rencontrée", ce qui lui a inspiré la trame de son  scénario.
Si  le scenario est imaginaire, le fond historique est bien réel :  cette Impératrice Qing, Ulanara (pour son nom mongol),  a bien été la seconde impératrice et épouse de l’empereur QianLong (Lequel a eu bon nombre de concubines et pas mal d’enfants, ce qui s’explique par un règne très  long !)
Le film est admirablement interprété  par la grande vedette chinoise Fan Bing Bing  et par Melvil Poupaud. Il  a l’avantage d’avoir été tourné dans la Cité Interdite, au Palais d’été (dont les ruines servent de décor, à la nuit tombée, tel un chantier de construction, ce que je trouve très habile !) et dans quelques autres endroits prestigieux. 

En France, nous sommes a l’époque de Louis XIV. Les jésuites partent  en Orient,  jusqu’à la cour de l’empereur, porter la parole du Christ, mais pas seulement. Ils emportent également avec eux leurs connaissances architecturales, musicales, astronomiques, et des horloges qui éblouiront l'empereur. Ces présents sont encore visibles au musée de la Cité Interdite.

Pour en revenir à notre scénario, le portrait “gagné” par l'impératrice au cours d’une partie d'échecs avec son époux, vaudra au peintre deux ans de campagne militaire loin de la Cité Interdite, l’empereur  jugeant l’oeuvre sans doute trop émouvante, trop psychologique en quelques sortes........

Documents trouvés sur le net.

Des livres ont été écrits par ces jésuites en Orient, et édités en France. au XVIIIe siècle. Certains sont largement illustrés. On peut consulter des originaux sur place, et sur demande préalable, à la bibliothèque de Dijon.



Pour ma part, j’aurais aimé acheter une version de ce film mais ne l’ai pas trouvé en vente sur le net........ alors, s'il passe dans votre ville, chers amis sinologues, et sinophiles* ne le ratez pas !



Bande annonce sur
- je dis bien "sino",  mais les cinéphiles ne sont pas exclus !

mardi 19 avril 2016

LA CULTURE CHINOISE, ÇA SE MÉRITE : THE ASSASSINE DE HOU HSIAO HSIEN

Amateurs de films d’arts martiaux, s’abstenir..... même si l'on assiste a deux trois combats (admirablement filmés, mais fort brefs) le sujet n’est pas là où on pourrait l’attendre.
En première lecture, il s'agit pour l'héroine, Yinniang, fraichement sortie de sa formation aux arts martiaux, de tuer son rebel cousin, (à qui elle aurait du être mariée) , lequel est en révolte contre le pouvoir de l'empereur Tang. Si elle y réussit,   elle sera digne d'entrer dans la secte des assasins.
En réalité, et en deuxième lecture, il s'agit, pour moi, de bien autre chose....... 
Au royaume de Weibo : l'héroine Yinniang (Shu Qi)- doc pris sur le net.
Primé au Festival de Cannes, ce  film Taiwanais de Hou Hsiao Hsien  est
inspiré d'un "chuanqi " 传奇 de l'époque Tang, (l'oiseau bleu et le miroir*). C'est important a savoir.
 Il a été tourné dans des paysages naturels, d'une beauté à couper le souffle : en Mongolie intérieure et dans le Hubai.
J'ai fait de nombreuses recherches pour savoir ce qu'était un Chuanqi et l'histoire de l'oiseau bleu et du miroir si connue en Chine. Cela m'a conduite sur un site intéressant. dont je vous indique la page :

et je vous engage, si vous le voulez bien,  à le lire aussi.

Ce site autorise la citation. Il nous parle de "l'image dans le miroir". Je vous cite un petit fragment de cette page ou il développe ce thème et où il nous raconte le mythe de Narcisse....... oui, vous avez bien lu......
Après l'avoir parcouru, vous me direz s'il n'y a pas une certaine analogie avec ce "chuanqi" de L'oiseau bleu...... Je gage que vous allez la trouver !
L'extrait : ...."Narcisse, dont le nom provient du grec ancien signifiant « narkê » ou « sommeil », faisait l’objet d’un culte vers la fin de l’âge de bronze. Il existe même, en Grèce, un tombeau de Narcisse de l’Érétrie. Ce Narcisse est aussi appelé le Silencieux, ce que l’on pourrait qualifier être notre âme qui observe en silence, mais qui est séparée du corps par le voile que représente le miroir.…… "
Pour ma part, ce n’est pas tant l’histoire qui m'intéresse mais la façon dont le cinéaste l'a construite. Il me semble qu'il veut nous emmener au delà du visible,  nous faire toucher à la subtilité psychologique du personnage principal  tout en nous proposant une séance de pure poésie. D'ailleurs n'est ce pas une femme "oiseau", que l'on voit apparaitre soudain, ici et là et qui observe en silence ce qui se passe.

Durant toute la projection de cette oeuvre, j'ai ressenti une respiration aisée.......Pour avoir beaucoup parcouru les bois et la nature,  à toutes heures, je peux vous affirmer que la bande son - dans les moments où l'oeil entre dans les  paysages - la bande sons dis-je  m’a donné une vraie impression de déjà ressenti. Je me suis retrouvée soudain  immergée en pleine nature :  silence habité, air vif, cerf qui brame, oiseaux...... feuilles qui bruissent dans le vent, eau qui coule....et pas qui foulent les feuilles...... je sentais presque les odeurs et la fraicheur de l'humus.
 Un autre aspect m’a touchée profondément : ce ne sont pas tant les magnifiques costumes, ni les superbes coiffures, dont on est content de les voir portés, ni tout ce protocole de cour qui donne une idée du faste de l'époque, mais, et surtout, c'est "l’intériorité" des personnages traduite par les plans fixes,  et  les  non dits.....  Le rythme surprenant de ce film en est le souffle, d'ailleurs, le vent est souvent présent, dans bien des séquences.
la princesse Jiacheng
raconte l'histoire de l'oiseau bleu tout en jouant de la cithare.
Le temps s'y déroule dans une autre dimension toute empreinte de la subtilité des sentiments qu’éprouvent les protagonistes, et surtout, de l'interrogation du personnage principal, Yinniang,  toute à la recherche de son calme intérieur dans le monde du réel qui l'écartèle.

Pour avoir durant ces dix dernières années, lu, médité et surtout calligraphié (bien humblement et avec mes amies) plus d'une soixantaine de poésies chinoises - goutte d'eau dans un océan -  parmi lesquelles un grand nombre datent de l’époque Tang, et de l’époque Song,   je conçois aisément que la compréhension  de la dimension poétique et philosophique de ce film (qui nécessitent une solide immersion dans cette culture) puisse échapper au "grand public" français non averti. Moi même,  je ne fais que “survoler”   le sujet.

Hélas : ....Pas plus de 4 ou 5 personnes dans la salle.......